Hydrologie des Pyrénées-Orientales


Les Pyrénées-Orientales est un département à la fois côtier et montagneux, avec de hauts pics pyrénéeens, de la moyenne montagne, et une plaine agricole. Tout ceci nécessite de gérer l'eau avec un grand intérêt, et pendant un temps le Conseil Général nous rappelait, avec raison, que ce département avait une chance incroyable : Une goutte d'eau qui tombe dans le département reste dans le département. Si ce n'est pas tout à fait vrai, c'est très proche de la réalité, il y a 4 bassins versants principaux qui alimentent les terres Nord-Catalanes, trois alimentent les 3 fleuves côtiers et le 4e alimente le Sègre, en Cerdagne, qui se jette dans l'Elbre avant de rejoindre la mer. Il y a d'autres bassins versants, comme par exemple celui du Capcir, mais ils sont moins importants.

De façon plus précise l'hydrologie du département des Pyrénées-Orientales est caractérisée par la diversité. Elle se compose d'un semble de rivières, certains côtières, d'étangs, le long du littoral, de retenues articielles ou naturelles, plutôt en moyenne montagne ou en haute montagne, et d'un impressionnant réseau de canaux d'irrigation, héritage du Moyen-âge où le percement d'un canal apportait non seulement de l'eau de consommation ou d'irrigation des cultures au village, mais aussi de la force mécanique : un canal, c'était la garantie d'avoir un moulin, moteur mécanique de cette époque. Et un moulin, c'était la possibilité d'avoir facilement de la farine et de l'huile, éléments de base de l'alimentation.


Les fleuves et rivières

Le département des Pyrénées-Orientales est traversé par 5 rivières, dont 3 sont des fleuves côtiers. Le paysage s'est modelé suivant ces trois principaux fleuves côtiers, et la forme même du département des Pyrénées-Orientales semble avoir été dessiné pour suivre leurs lits.

Géographiquement il est donc très simple de comprendre l'hydrologie du département. En voici une carte sur laquelle sont marqués ces trois fleuves. Le plus au Nord est l'Agly, il prend sa source dans le département limitrophe de l'Aude, au Nord et se jette juste sous l'étang de Salses. Le second, la Têt, est le plus long. C'est en suivant son lit qu'on monte vers la Cerdagne. Le troisième, le Tech, est plus petit et tumultueux, il s'apparente plus à un grand torrent, même si les sècheresse actuelle le font s'assagir.

Carte des fleuves de Pyrénées-Oirentales

Les deux autres fleuves ne sont pas côtiers. L'Aude, qui a donné son nom à un département français, part le long du Capcir vers le Nord. Le Sègre, qui fait une boucle en Cerdagne avant de rejoindre l'Espagne, puis l'Elbre, prend sa naissance dans une vallée pyrénéenne.

Mis à part ces 5 fleuves, les Pyrénées-Orientales comptent 260 cours d'eau, soit 1 085 Kms de rivières (1er catégorie piscicole) et 15 cours d'eau, soit 311 Kms de rivière (2e catégorie piscicole). Voici à présent une description plus précise des ces 5 fleuves.


L'Agly

Le plus septentrional des fleuves des Pyrénées-Orientales est l'Agly, le premier fleuve côtier prenant sa source dans le département de l'Aude. Il entre dans le département par le défilé de Galamus et curieusement, au lieu de passer par la vallée de St Paul de Fenouillet et de suivre la pente jusqu'à la mer, il passe par des gorges à travers les collines. A hauteur de Caramany, il est arrêté par un barrage depuis les années 90. Puis il serpente dans la Salanque, entre Perpignan et l'étang de Salses avant de se jeter dans la Méditerranée au Nord du Bourdigou. A l'origine l'Agly se jetait dans l'étang de Salses : il a été détourné, peut être par les templiers lors de leur travaux d'assainissement du littoral au XIIIe siècle. A son ancienne embouchure se trouvait un port de débarquement romain.

Quelques affluents de l'Agly viennent le renforcer : le Verdouble (entre Vingrau et Tautavel), le Maury, qui a forgé la plaine de St-Paul-de-Fenouillet, la Boulzane, (Caudiès-de-Fenouillèdes). Au sujet du Verdouble, vous pouvez jeter un coup d'œil aux gorges de Gouleyrous, un site naturel très joli.


La Têt

La Têt est le fleuve le plus long des Pyrénées-Orientales. Il prend sa source dans le lac des Bouillouses, aux pieds du massif du Carlit et récupère la vallée sous Mont-Louis. Il faut noter qu'il n'y a aucune rivière d'importance qui descend du plateau de Cerdagne directement dans la vallée de la Têt.

Une fois dans la vallée, la Têt descend quasiment en ligne droite jusqu'à la mer, traversant le barrage de Vinça, puis Perpignan. Ce barrage fut construit dans les années 70 pour canaliser ses crues. Au XIXe siècle on a érigé des digues à Perpignan pour s'en protéger.

La Têt est alimentée au long de son trajet par des affluents qui descendent du massif du Canigou ou des collines du Conflent : La Rotja (Fuilla), le Cady (Vernet les bains), le Caillan (Nohèdes), la Castelane (col de Jau), la Llentilla (Baillestavy). La basse est un affluent particulier dans la mesure où elle traverse Perpignan en lui donnant ce charme méridional.


Le Tech

Le Tech est le plus méridional des fleuves côtiers. Il prend sa source en Espagne, passe par Prats-de-Mollo, Arles-sur-Tech, Céret et rejoint la mer à hauteur d'Argelès-sur-Mer, au "Bocal du Tech". Beaucoup moins alimenté que les deux autres, il peut être toutefois imprévisible : En 1940 une formidable crue ravagea tous les villages de sa vallée, faisant d'innombrables victimes.

Le Tech est alimenté par la Coumelade, qui arrive par le Nord juste après le village du Tech. Le Riuferrer lui est parallèle, juste après Arles-sur-Tech.


Le Sègre

Le Sègre prend sa source dans la vallée de Llo et décrit une grande courbe à travers la Cerdagne. Il passe par Llivia, puis rejoint Bourg Madame et poursuit sa route en Espagne. Il est rejoint par la Quérol qui prend sa source entre le lac de Lanoux et Porté Puymorens et descend la vallée de Carol jusqu'à Bourg Madame.


L'Aude

L'Aude prend sa source derrière le Roc d'Aude, la montagne sur laquelle sont adossées les pistes de ski des Angles. Il traverse le Capcir sur le côté droit, du Sud vers le Nord, passant tour à tour à travers le lac de Matemale et celui de Puyvalador. Sur le côté gauche du Capcir coule La Lladura, qui serpente entre les Angles et Formiguères avant de renforcer l'Aude. Cette rivière poursuit sa route dans le département voisin homonyme.


Les barrages hydrauliques

Les barrages hydrauliques sont nombreux dans notre département. Le plus ancien est probablement celui du lac des Bouillouses, construit au début du siècle (de 1904 à 1910) pour alimenter en électricité le petit train jaune. Il a une production de 20 millions de Kilowatts/Heure, ce qui est un gros surplus car le train n'en consomme que 10%.

Il s'agit d'un barrage-poids en maçonnerie dont les fondations sont prises dans le granit. Il mesure 384m de long sur 18,74m de hauteur par rapport au terrain naturel (25,28m par rapport aux fondations). Sa largeur va de 5m en haut à 13m58 au plus bas. Il a une capacité de plus de 19 millions de m3. L'agriculture en consomme 11 millions, les communes de Font-Romeu, Bolquère et Egat en consomment 1 million. Les canons à neige des stations de ski locales en prennent 1/2 millions. Les Bouillouses, c'est le réservoir du département, il peut alimenter ou restreindre l'eau dans les rivières des Pyrénées-Orientales.


Le barrage de Matemale est relativement contemporain, il a été construit entre 1957 et 1959. Il fut bâti en terre sur une assise de granit et d'argile. Il mesure 984m de long sur 33m de haut par rapport au terrain naturel (37m par rapport aux fondations) et pour une épaisseur oscillant entre 6 et 165m de large, ce qui le rend très trapézoïdal. Il a une capacité de rétention de 563 millions de m3, soit 11 fois celle des Bouillouses.


Le barrage de Puyvalador, construit entre 1925 et 1932, est un barrage-poids fait en béton sur une assise de schistes. Il mesure 161m de long sur 31m de haut (terrain naturel, 39m sur hauteur de fondation) et il a une largeur qui va de 3m60 à la crête à 30m au niveau des fondations. Il contient 36 000 000 m3.


Le barrage du Lanoux alimente en électricité le département voisin de l'Ariège. Il fut construit entre 1657 et 1960 sur le schéma d'un barrage-voûte. Il mesure 176m de long sur 45 de haut. Son épaisseur est de 2m en crête et 6m aux fondations. Il a la plus petite capacité du département, soit 25 millions de m3.


Le barrage de Vinça fut construit en 1976 dans le but d'écrêter les crues de la Têt et d'alimenter le canal d'irrigation de Corbère. Il mesure 55 mètres de haut, 191 mètres de large et a nécessité 142 000 tonnes de béton. Il a une capacité de rétention d'eau de 25 millions de mètres cubes.

L'une de ses plages est la plage des Escoumes, sur laquelle la ville de Vinça a organisée une vrai station balnéaire à l'intérieur des terres.


Le barrage de Caramany est le plus récent. Il a été mis en eau la première fois en novembre 1994. Il contient 30 millions de m3 et mesure 57 mètres de haut et 260 de large. Du 1er juin au 30 juin il entre dans sa phase de remplissage. Du 1er juillet au 30 septembre, c'est le déstockage et du 1er octobre au 31 mars il est quasiment vide, prêt pour l'écrêtement d'éventuelles crues. Une petite remarque à son sujet : Son nom officiel est le barrage de l'Agly, et il est construit en fait sur la commune de Cassagnes, et la retenue d'eau est à 10% sur cette commune, et à 90% sur celle de Caramany. En fait, l'appellation "Barrage de Caramany" vient du fait que c'est le village le plus proche, celui duquel on voit le mieux le plan d'eau.


Les canaux

Quand on parle de canaux d'irrigation, il faut bien comprendre qu'il s'agit de petits canaux étroits, d'un mètre de large approximativement, qui prennent leurs sources sur un site naturel et amènent l'eau dans des terrains n'en ayant pas. Les canaux sont très importants dans le département, c'était une énergie pour faire tourner les moulins des villages. Puis l'eau est devenue utile pour l'industrie, en particulier les forges catalanes, et à présent ils servent à l'irrigation des terres maraichères ou fruitières. (surtout depuis le XIXe siècle).

Ils sont aujourd'hui gérés par des ASA : Associations Syndicales Autorisées. Il existe 240 ASA dans le département qui gèrent plus de 300 canaux. Bien sûr, il est hors de propos de décrire ici tous les canaux, mais mettons en lumière quelques particularités.


Le canal d'Elne porte un nom particulièrement peu explicite. Il prend son eau à Ortaffa, au lieu dit "La Rescola", puis se sépare rapidement en deux bras, un allant vers Latour-bas-Elne, l'autre vers St Cyprien. Ces deux bras se jettent dans la lagune de St Cyprien. Il était utilisé pour alimenter 7 moulins, tous du XIVe siècle sauf un de 1534 (actuellement sur l'emplacement de l'usine à glace), et un peu pour l'agriculture. A partir du XIXe il devient à vocation agricole uniquement, pour les primeurs du Roussillon. Les vergers de la plaine du Roussillon reçoivent cette eau.

Historiquement on a une trace de ce canal en 1184, ou le seigneur d'Ortaffa accord "à Dieu, à Ste Eulalie, à l'évêque, au clergé et à la communauté des habitants" la concession des eaux du Tech. C'est un canal réservé à Elne, mais plus tard St Cyprien et Latour-bas-Elne pourront en utiliser les eaux (La nuit seulement !). C'est un canal qui fut construit sur les vestiges d'un plus ancien, attesté au Xe siècle. Il mesure 17 Kms de long.


Le canal d'irrigation agricole "Bohère" est le plus long du département : 41kms. Il fut construit au XIXe siècle, et traverse de très nombreux ouvrages d'art : Aqueducs, siphons, etc. Il a pour départ le village de Serdinya, où il capte une partie de l'eau de la Têt et descend la vallée jusqu'au Ribéral. Il a été mis en eau en 1879 mais n'est resté vraiment efficace que jusqu'en 1933.


Autres canaux : Il existe un canal prenant sa source au Tech et allant jusqu'à Laroque des Albères, passant par Montesquieu. Il a été mis en eau en 1877 et couvre 900 hectares arrosables. En Fenouillèdes, Nohèdes a un canal d'irrigation de 8 kms de long, presque horizontal, ce qui est une curiosité.


Des canaux très anciens : Les plus anciens canaux existant encore sont ceux du Vernet (attesté en 863), Els Molis à Ceret (866), Finestret (1282). Au XIIIe siècle nous avons une trace également du canal de Sahorle, qui fut creusé grace à l'accord du seigneur Arnaud de Corsavy et de son épouse Géralde d'Urtx. A Villefranche-de-Conflent, le canal s'appelle canal d'Enconomary, créé dans les années 1200 par les frères du cloitre des Fransciscains pour faire tourner le moulin à farine du jardin Martin, au pied du pont du Faubourg. Il prend l'eau de la Têt au Mas de l'Astourg, avec des ramifications et prolongements faits au XIXe et XXe siècle et aliment l'usine "Keller et Leleu" ainsi que la SNCF. Il fait 4Kms de long.


Rivières de Perpignan intra-muros

Lorsqu'une population investit un nouveau territoire, il est tout naturel qu'elle se concentre sur des collines, à proximité de petites rivières. C'est ce qui s'est passé pour Perpignan quand, à partir du début du IXe siècle les premiers migrants arrivèrent en Roussillon, et trouvèrent deux collines modestes ornées de trois terrasses douces assises devant un petit cours d'eau, et non loin d'un fleuve paisible, mais tous deux aux réactions rageuses. Ils s'installèrent donc entre deux ruisseaux descendants des collines, ruisseaux dont on peut encore de nos jours suivre la trace dans les rues de Perpignan.

A l'est le ruisseau séparant le Puig des Esplanades, aboutit derrière St Jean, suivant les rues actuelles Llucia, de l'Université et du Ruisseau. A l'ouest le ruisseau naissant au pied de l'actuelle citadelle (Puig del Rei) descend en suivant la rue Grande la Réal, la place des Poilus, la rue de l'Ange. Plus à l'ouest le ravin dit de "Saint-Mathieu" descend en suivant les actuelles rues Dugommier et la place d'En Vestit. Ces trois ruisseaux rejoignent la Basse, qui prend sa source à proximité de Thuir, se grossit sur son parcours de différents petits ruisseaux dont le Ganganell, les deux cours d'eau citées, vers l'emplacement de la future place Arago, ainsi que l'Aixaugador avant de rejoindre la Têt qu'elle accompagnera jusqu'à la mer.


Forages artésiens

C'est à Toulouges que le 27 mars 1829 Mr Fraisse, un employé de la société royale d'agriculture, détermine l'emplacement du premier forage profond du département. Le 15 juin de la même année il atteint la profondeur voulue, 41 m. L'eau jailli à 1m50 au dessus du sol au rythme de 1,4 litre par heure. Ce fut le début de l'irrigation du Roussillon par forage artésien.



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