Les Burgondes




Peuple barbare qui fut à l'origine de la création de la Bourgogne. Les Burgondes vinrent du Nord en 406, lors de la même vague d'invasion que les Ostrogoths et les Vandales. Pour arrêter leurs razzias, les Romains signèrent avec eux un foedus en 443, traité qui les installa dans l'actuelle Savoie. Ils étendirent alors leur sphère d'influence jusque Langres, Dijon et Die, puis s'implantèrent à Lyon, l'ancienne capitale des Gaules.

Leurs rois désignaient, comme chez les Francs et les Wisigoths, des comtes des cités, issus largement des anciennes élites gallo-romaines et chargés de l'administration, de la police et du prélèvement des impôts. Ils conservaient leurs traditions barbares, au grand dam de l'évêque Sidoine Apollinaire qui détestait leur habitude de cuisiner dès le matin de l'oignon, et de répandre de la graisse animale sur leur chevelure. En majorité convertis à la version arienne du christianisme, certains se rallièrent vite au christianisme orthodoxe (Clotilde est une princesse burgonde) qui avait condamné cette hérésie.

Les Burgondes acceptèrent la civilisation gallo-romaine et ses élites : les grandes villae subsistèrent et il y eut même création de nouvelles exploitations comme celle de Larina, à Hyères-sur-Amby dans le Jura méridional. La romanisation partielle se manifesta par l'adoption d'une titulature romaine pour le roi Gondioc vers 450-470 et son fils Gondebaud, qui rédigea la loi "!gombette!" avec l'aide de l'évêque de Vienne, Avit, alors qu'il était arien : cette codification, rompant partiellement avec le droit barbare, reprenait en le simplifiant le Code théodosien. Les liens des Burgondes avec l'aristocratie romaine (les Syagrii) facilitèrent cette codification des lois qui fut dénoncée par Sidoine Apollinaire. Les Burgondes reprirent aussi les structures administratives et fiscales de l'Empire romain, souvent avec l'aide des élites locales, ce qui imposait par exemple une redistribution équitable des produits de l'impôt et de la guerre. Dans cet espace très fortement romanisé, largement catholique, les Burgondes rencontrèrent en général l'opposition des évêques. La résistance de la culture latine par l'intermédiaire des clercs et précepteurs des grandes familles, fut plus importante que dans les autres royaumes barbares, et les grandes œuvres de l'art burgonde coexistèrent avec l'entretien et le renouvellement des bâtiments issus de la période romaine.

L'histoire politique des Burgondes fut marquée par les conflits entre leurs rois et les Francs mérovingiens, puis par l'installation de ces derniers aux postes du gouvernement. Gondebaud signa en 493 un pacte de non-agression avec le roi Clovis Ier, qui épousa sa fille Clotilde. Mais la conversion de Clovis au catholicisme et les ambitions du frère de Gondebaud qui fit appel aux Francs contre le roi burgonde plongèrent l'État dans la guerre. Clovis, en 500, vainquit Gondebaud à Dijon et accepta de lever le siège d'Avignon contre le versement un tribut annuel. En même temps, les liens matrimoniaux entre les Burgondes et les Francs permirent une conversion accélérée des premiers au catholicisme. Le début du VIe siècle vit naître le conflit de Sigismond, successeur de Gondebaud, puis Gondomar avec les héritiers de Clovis : la Burgondie fut conquise difficilement entre 523 et 534 par les Francs et échut à Gontran en 561, sans modification de tracé. La conquête du pays burgonde ouvrit aux Francs les portes de la Méditerranée.

Gontran fut un roi "coureur de dots" (S. Lebecq) : il connut une concubine, Vénérande dont il eut un fils, Gondebaud (nom royal chez les Burgondes)!; puis une première épouse, Marcatrude qui fit tuer Gondebaud et que répudia Gontran au profit d'Austrechilde dont il eut plusieurs fils!; il promit ensuite le mariage à Théodechilde, la veuve de son frère Charibert et, après l'avoir délestée de ses biens, l'enferma indélicatement dans un couvent. Sous son règne, la Burgondie devint une véritable entité géopolitique, de la Durance au plateau de Langres, du lac de Constance au Beaujolais. Les frontières étaient cependant relativement floues : la Burgondie était ainsi séparée de l'Austrasie par le saltus de la forêt vosgienne. À Gontran succédèrent son neveu Childebert II (592-595), Thierry II, second fils du précédent (595-612) avec une régence exercée par Brunehaut et le maire du palais Protadius, puis Clotaire II qui réunit les trois royaumes francs. Le rôle du maire du palais Warnachaire, mort en 629, fut considérable comme dans les autres royaumes francs, au point que Clotaire fit tuer, par précaution, le fils de son ministre.

Le milieu du VIIe et le début du VIIIe siècle bornèrent une période de mutation essentielle, avec le développement des manses taillés dans les anciennes villae à mesure que s'épuisait le système de l'esclavage. Il s'agissait de concessions à des paysans libres ou affranchis en échange de services - dont l'exploitation de la réserve conservée par le propriétaire. La Burgondie connaissait donc une féodalisation des structures économiques et agricoles qui coïncidait, d'une part, avec celle des autres royaumes francs et, d'autre part, avec la disparition de la culture latine.

Le règne de Clotaire II correspondit à la fin de la civilisation spécifiquement burgonde dans un espace qui, politiquement, résistera jusqu'au XVe siècle et dont le nom traduisait le souvenir puissant laissé par les envahisseurs du Ve siècle : la Bourgogne.



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