Serdinya




. Description      . Situation et accès      . Patrimoine      . Histoire      . Population

Description

Le village parait bien triste quand on le traverse : Façade abîmée, maisons abandonnées, on se demande même pourquoi Serdinya vit encore. Et puis il suffit de garer son véhicule sur les quelques petits parkings au début et à la fin du village pour mieux le comprendre. En fait, en le traversant, on ne voit qu'une partie peu fréquenté par les habitants, qui vivent face au Soleil, côté Sud. Quelques petites rues très escarpées descendent vers le coeur du village et rencontrent une rue transversale qui longe la Nationale mais en contrebas. Totalement invisible du haut, elle est plutôt agréable et curieusement on n'entend pas trop la route. Enfin, il ne faut pas un fort trafic quand même...

Tout en bas il y a une place centrale en forme de cercle. Elle est arborée et dispose d'une fontaine, d'une aire de grillade, et même d'un parping souterrain. C'est surprenant, on ne s'y attend pas, et pourtant, c'est bien la preuve d'une village dynamique, qui organise des festivités et possède des associations. Un hameau se trouve de l'autre côté de la Têt, où il y a l'église (massive). Il est plutôt tranquille. Dommage que l'on entende si bien la route, située à trois cents mètres à vol d'oiseau seulement.

Situation et accès

Serdinya est une ville de petite taille située dans la Haut-Conflent, le long de la Nationale 116. Les personnes montant en Cerdagne connaissent bien sa position, on doit la traverser. Elle est à une bonne demi-heure de Perpignan (voire un peu plus, quand même) et ne possède pas d'autre accès que la Nationale.

Carte IGN

Patrimoine

Flassa

Aussi appelé Flaça, Flassa est un hameau situé sur les hauteurs de Serdinya. En levant la tête, vous le verrez sûrement ! Le hameau possède une église attestée en 1163 à travers un document qui indiquait les possessions de l'abbaye de St Martin du Canigou. La dîme de Flassa appartenait pour un tiers au seigneur de Jujols, un deuxième au curé de Jujols. Il faut dire que les églises de Jujols et Flassa s'étaient jointes.

Dédiée à St Marcel, elle a une abside rectangulaire voûtée en plein cintre. Des bandes lombardes en décorent l'extérieur. La nef est unique, initialement voûtée. Sa voûte a été remplacée par une charpente de bois à une époque plus récente. Extérieurement elle a un clocher-mur à deux alvéoles situé entre l'abside et la nef. Intérieurement l'église possède une cuve baptismale rustique et un retable du XVIIe siècle contenant les statues de St Marcel bien sûr, mais aussi St Sébastien et St Gaudérique.

L'église St Marcel de Flassa est désormais définitivement restaurée, grâce en partie à l'association de sauvegarde du patrimoine de Serdinya-Joncet, après 10 ans de démarches administratives. La voûte du chœur est peinte, 50% de ces peintures sont toujours visibles. En particulier, des coquilles d'escargots et des écailles de poissons, ainsi qu'une partie d'un décor plus ancien. En fait, il y a 3 décors qui se superposent, le second étant fait de volutes jaunes cernées de gris. Grâce à une autre action de restauration, on va bientôt pouvoir voir les 3 époques sur un même mur de l'église (12m2 traités).

Histoire

L'histoire de Serdinya commence durant la période romaine. En 121 avant JC les troupes romaines envahissent le Roussillon et remontent vers la Cerdagne. Peu à peu ils structurent la région et construisent de grandes voies de communication. La Via Confluentana reliait la plaine à la Cerdagne (l'ancêtre de la RN116), elle était régulièrement parsemée de gîtes d'étape pour faire reposer les voyageurs et leurs chevaux. Serdinya était l'une de ces étapes.

Après la conquête carolingienne du IXe siècle les rois francs facilitèrent l'implantation des abbayes dans les endroits les plus reculés des territoires nouvellement pris sur les sarrasins. St Michel de Cuxa ou l'abbaye de Régleilles ont cette origine. Ces abbayes ont essaimé des chapelles tout autour d'elles, parfois un peu plus loin. C'est ainsi que fut construite une chapelle sur le site de Serdinya, chapelle autour de laquelle se sont implantés les premiers francs venant peupler cette région devenue désertique après le passage des sarrasins.

Elle était dédiée à St Côme et St Damien, elle a été construite durant le XIe siècle, puis remaniée au XIIe et XIIIe siècle : on supprima la voûte en plein cintre pour en construire une autre, plus solide et plus haute. La nef de 16m par 5,40 se terminait par un grand clocher, sorte de tour de refuge en cas d'agressions. Le portail a été retouché au XVe siècle. Au XVIIIe siècle on ajouta une seconde nef, côté Nord, tandis que le Sud voyait apparaître le deuxième bras du transept. Le tout faisait à peu près un carré de 16m de côté. L'extérieur est doté d'un clocher récent et d'un petit campanile abritant une cloche que l'on pouvait actionner de la sacristie. Le retable du maître autel date de 1661. Le 11 avril 1661 Louis Générés, célèbre sculpteur de retables, fit la promesse de faire un retable dédié à St Côme et St Damien avec son tabernacle pour 45 doubles d'or et une charge de vin.

Une deuxième chapelle a été construite à Serdinya. Dédiée à St Sébastien, elle fut édifiée en 1869 et contient des intéressantes statues du XVIIe siècle de St Sébastien, St Antoine et St Eloi.

Au début du Moyen-âge les villages étaient extrêmement éparpillés, ils s'agissaient plus d'une vallée ou d'une montagne sur laquelle ont été construites des métairies que de véritables agglomérations. Peu à peu ces métairies se sont regroupées pour mieux se protéger, formant la base des villages tels que nous les connaissons de nos jours.

Ainsi au Moyen-âge le village initial était sur la rive droite de la Têt, là où se trouve aujourd'hui le lieu-dit "Le Bac". Il avait plusieurs hameaux :

  • Serdinya, sur la rive gauche,
  • Les Hortals. Il s'agissaient des jardins dans lesquels quelques manses furent construites, assez loin au Nord-Est, sur le haut de la Soulane,
  • Joncet, plus haut dans la vallée, également sur la rive gauche, actuellement appelé "Joncet du Bac",
  • Flassa (Flaccianum), en haut de la montagne "la Soulane",
  • Marignans (Marinyans), plus haut à l'Est.
  • La Guardia, plein Est.

Mais durant le Moyen-âge les hameaux proches de la Têt se déplacèrent en hauteur, probablement pour échapper aux fréquentes crues. Ainsi le village principal se déplaça sur son hameau Serdinya, et Joncet parti en face, également sur la rive gauche. Les autres lieux n'étaient pas concernés. Ce déplacement eu lieu avant 1392 car cet année là le capbreu (registre terrier) indiquait qu'il existait déjà l'hôtellerie banale de la seigneurie in cabanis de Sechdeniano.

A l'origine le village et ses hameaux étaient dirigés par un "sagio" ou "saig", un officier de justice. Par extension ce mot à désigné le village lui-même (la sajonia). Il semble qu'il s'agisse à cette époque d'un domaine comtal, tout comme sa voisine Villefranche. Le comté de Cerdagne étant passé au roi d'Aragon en 1117, Serdinya sera sous domination du roi jusqu'à la révolution française. Mais cet état n'empêchait pas la possession de quelques manses ou terres par d'autres propriétaires : A Marignans par exemple, le manse de Mirles était à l'abbaye St Martin du Canigou. En 1568 le vicomte d'Evol possédait le manse d'En Vidal sur lequel il fera bâtir le château de la Bastide.

Le capbreu de 1441 indique les reconnaissances des maisons et propriétés tenues pour le roi aux territoires de Secdenya, Joncet, Mirles et autres, formant la Sayonia de Serdinya. Suit la liste des propriétaires. Le 29 août 1405 le roi Martin d'Aragon donna aux habitants les mêmes franchises qu'à ceux de Villefranche. Cet évènement était capital pour ce petit village car il plaçait les habitants sur le même pied d'égalité que ceux du village voisin, beaucoup plus puissant.

Les moulins de Serdinya furent aliénés en 1494. Celui de Serdinya appartenait à la famille de Llar, celui de Joncet appartenait à la femme de Barthélémi Miquel, cordonnier de Villefranche. A Joncet il y avait un deuxième moulin, il appartenait à la famille Reynès-Llauri, de Joncet.

Ces possessions prises sur le domaine royal pouvaient être inféodés, ils en obtenaient les droits pécuniaires. Ainsi en 1568 les héritiers d'un certain Matthieu Bambozer cédaient en faveur du seigneur de Llar les droits qu'il avait engagés de la dîme à recevoir sur des prés et des champs du territoire de Serdinya. Toutefois tous les tenanciers de la Séjonia étaient soumis à la juridiction civile du viguier de Villefranche.

Le 24 décembre 1598 Pierre Trinxet, de Villefranche, était fermier de la bailli royale de Serdinya. Il recevait à ce titre 33 livres 6 sols 8 deniers pour la vente du terson des dîmes de Flassa (prix de 100 livres), tenu en fief pour le roi. D'une manière générale, on constate que les revenus de Serdinya et de ses hameaux étaient faibles. En 1642 le gouverneur de Puigcerda s'étaient achetés les dîmes qui valaient, en 1651, seulement 100 livres. Ces revenus seront donnés le 14 novembre 1653 à François Pasqual et de Cadell en même temps que la justice du lieu, mais il sera spolié quelques temps plus tard suite à la prise de Villefranche par les français. Le roi de France les donnera à Bertrand Dubreuil qui les conservera jusqu'en 1660. Le 31 mai 1663 ils seront remis à la fille de François Pasqual, Gracia Villafranca y Pasqual, mais les commissaires français les récupérèrent le 27 mai 1664 en prenant possession de la seigneurie de Serdinya, Joncet et Séjonie. Enfin le 1er décembre 1712 les commissaires généraux aliénèrent ces droits au sieur d'Ardena-Hervault. En voici le texte :

...A titre incommutable en faveur du sieur d'Ardena-Hervault (comte d'Hervault de Beaumont) les justices, haute, basse et moyenne de Serdinya, Joncet, Séjonie, Flassa, Marinyans et la Guardia, annexes du dit Serdinya, avec la nomination des batlle et consuls, les censives, droit de chasse, pêche, houstal, taverne, gabelle, correterie, pâturages, flêque et généralement tous les droits et devoirs seigneuriaux, dont le Roi a joui et dû jouir dans ces lieux, à la charge par le dit adjudicataire de tenir les dits domaines en justices en plein fief de Sa Majesté, et de leur rendre foi et hommage toutes et quantes fois le cas y écherra, et ce moyennant la somme de 5000 livres. Le 12 septembre 1712 la communauté de Serdinya racheta les 5000 livres au nouveau adjudicateur, ce qui fit que le village fut à nouveau sous la tutelle du Domaine Royal.

Evolution de la population


Petit village très étendu, le Serdinya du Moyen-âge est difficile à appréhender en termes de population. Il s'agissait d'un village agricole mais le peu de terre labourable nous prouve qu'il n'y avait pas beaucoup d'habitants. En 1355 eu lieu un recensement fait dans le but d'établir la liste des feux royaux des vigueries du Roussillon et du Conflent imposés pour financer de la guerre de Sardaigne. Serdinya y possédait 39 feux. En 1385 un autre fogatge nous apprend qu'il y a 21 feux, soit plus d'une centaine de personnes.

Entre 1654 et 1710 la présence française attira de nombreux corps de métier dans la vallée de la Têt. Serdinya en profita et accueilli différents artisans (pareurs, cloutiers, muletiers) En 1691, la ville en était à 152 feux (900 personnes), et en 1789, 125 feux (750 personnes) Les différents chantiers du milieu du XIXe siècle (routes nationales, chemins de fer) enlevèrent 30 familles au village qui partirent s'installer en plaine.

Etymologie

Il y avait à Serdinya une église paroissiale dont le village était sur la rive droite et un hameau tout proche, sur la rive gauche. Ce hameau était considéré comme un second village (Secundinianum), qui a donné au XIe siècle Segondaniano, puis Sechdeniano au XIVe et enfin Seddiniano au XVIe, puis Serdinya de nos jours.



Copyright 2016 - Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur. Ce site Internet est un site privé, non officiel, issu du travail de compilation des oeuvres de différents auteurs.

Autres sites Internet du même auteur dans le domaine Littéraire : Marguerite Duras. Dans le domaine du patrimoine mondial : Statue de la Liberté (New-York, USA), Tour Eiffel (Paris, France), Taj Mahal (Agra, Inde), Cité interdite (Pékin, Chine), Christ rédempteur (Rio-de-Janeiro, Brésil).